| |
Qu'il ait eu une vie sage ou dissolue, l'humain devant la mort reste seul,
enfant éternel, attendrissant, fleur précieuse ou fleur
des champs, baissant sa corolle, humblement, ne voyant plus sa beauté
et pleurant devant la bise qui l'emporte, elle ignore que sa magnificence
la porte déjà vers une autre prairie...
Nous
tous ici, et ailleurs, parlons de l'immortalité de l'âme,
de notre Union au divin, j'adhère, je ressens, humblement je sais...
Mais gommer de nos réflexions, de nos partages ce passage, est
à mon sens oublier le poids de la matière, une réalité
qui pèse sur nous tous, quoi que l'on dise.
Travailler sur notre connection intérieure est essentiel.
Pourtant la majorité de nos frères affrontent ce passage
dans un dénuement qui mériterait, je pense, que nous nous
tournions vers cette humanité en souffrance et ne plus l'occulter.
Nous naissons à la terre, seul, car c'est aussi un instant de souffance,
nous mourons à la terre seul, même si nous nous sommes préparés
à ce changement de vie...
La vieillesse est une étape de préparation à ce cycle,
elle devrait être sagesse, retour vers la conscience sereine, il
n'en est rien...
J'ai
vu leurs yeux dans cet instant, pas de souffrance pour moi, mais compassion
devant cette humanité qui a perdu la réponse...
Alors je n'ai que mes bras, tout doucement pour les bercer, d'âme
à âme, pour les emmener vers leur Eternité.
Ouvrir le chemin en accueillant leur totalité, les porter tendrement
dans le rose et blanc, afin que le matin soit pour eux, tout doux... transparent...
Fermer leurs yeux, afin qu'ils les ouvrent, confiants, dans une autre
dimension...

Mais
qu'est-ce que la vie ?
Naître pour s'éteindre ?
Qu'emporterons-nous d'ici bas avec soi lorsque le moment sera là...
rien de bien dense si ce n'est les sillons que nous aurons gravés
de nos actes réussis ou manqués.
Bien que fatigué, usé, le corps à sa fin appelle
au repos, mais alors pourquoi autant de désespoir, de peur dans
le regard lors du départ ?
Naître n'est pas être... la mort c'est être hors du
corps.
Entre les deux... le vécu, les expériences de la terre dans
le corps dense mais aussi une autre vie qui est, qui grandit trop souvent
dans le silence.
Et c'est quand l'heure sonne que l'homme devient tout petit devant la
fin qui résonne, que ses forces qu'il croyait vitales, viennent
à l'abandonner pour se laisser happer par un autre monde qu'il
avait oublié.
Alors la peur l'habite, ne sachant plus où il va s'en aller, vers
quelles contrées son nouveau chemin va le mener.
Comment partir de Lumière éclairé si, sa vie durant,
l'homme a marché les feux éteints, ne distinguant seulement
qu'avec ses yeux humains ?
Faire de la tristesse un tremplin pour accompagner, rassurer un des nôtres
nous ouvrira les portes de notre éternité et offrir ainsi
une myriade de lumières à celui qui vient de nous quitter.
|
|